Congo, R

Ce qui suit est une brève description du problème du palmier à huile en République du Congo. Nous vous invitons à lire le texte et à nous adresser vos commentaires.

Le palmier à huile en République du Congo

Le palmier à huile pousse naturellement dans les zones forestières, principalement au Nord du Congo dans les départements de Sangha, les Cuvettes et Likouala. Il existe des preuves d’une longue tradition de plantation du palmiers à huile par les populations locales, comme on peut le constater dans les sites archéologiques de villages abandonnés « qui sont caractérisés par la présence d’arbres tels que le manguier et les palmiers… »[1]

L’un des principaux acteurs dans le secteur du palmier à huile a été la Compagnie Française du Haut et du Bas Congo (C.F.H.B.C.), qui à l’époque coloniale a reçu une concession de 75 000 km2 de terres. Incapables de trouver des informations spécifiques sur le sujet, nous supposons que son installation à Etoumbi (Sangha) était due à l’existence de palmeraies naturelles dans la région. La société a établi 1000 ha de plantations dans les années 1968-72 et 1 072 ha entre 1986 et 1987[2].

Après l’indépendance du pays, la société passe aux mains de l’État sous le nom de Sangha Palm (créée en 1983)[3]. A l’époque, 33.000 ha de superficie totale avaient été cédés à la Sangha Palm par l’Etat congolais. Cependant, dans le Département de la Likouala les villageois ont été incités à travailler sur des palmeraies villageoises et à revendre leur production aux sociétés industrielles qui s’installaient dans la contrée[4].

Lors de la fermeture de l’huilerie en 1990, les plantations ont été abandonnées. Depuis quelques années, les paysans, en dépit des difficultés rencontrées, pratiquent la cueillette de façon anarchique et produisent artisanalement l’huile. Celle-ci est leur principale source de revenus [5].

Les femmes jouent un rôle important, tant en termes de production comme de vente de l’huile de palme. Une paysanne qui produit traditionnellement l’huile de palme dit que « à Etoumbi nous avons toujours extrait de l’huile de palme. Avec la vente de notre huile nous achetons des médicaments et des caleçons pour nos enfants ». Les femmes ont aussi l’habitude d’utiliser la noix de palme pour préparer la mouambé, une sauce issue de l’extraction traditionnelle des noix [6].

Les femmes sont impliquées dans le commerce interne de l’huile de palme. Par exemple, un producteur de savon situé à Pointe-Noire rapporte que “l’entreprise fabrique et vend des savons de ménage à base d’huile de palme achetée à des groupements de femmes qui livrent régulièrement SAVON PLUS depuis l’arrière pays » [7].

Vers 2007, Sangha Palm avait 5 000 ha de plantations, dont 1.000 ha à Mokéko et 4.000 ha à Kandéko [8]. Mais ces plantations avait déjà été décrites en 2002 comme suit : “Les palmeraies abandonnées se trouvent ainsi envahies totalement par le recru forestier, livrés aux incendies et aux dégradations de tout genre”, en soulignant que le risque de manque d’entretien était en train de transformer l’huilerie de Mokéko en un simple dépôt de ferraille [9]. Fermée en 1990 avant de réouvrir en 1994, la Sangha Palm a cessé encore ses activités en 1997 [10].

La deuxième entreprise d’Etat importante a été la Régie Nationale des Palmeraies du Congo (RNPC), situé à Owando [11], avec environs 5.000 – 8.000 ha à Lébango et 1.325 ha à Etoumbi (La Cuvette Ouest) et 450 ha à Kunda (La Cuvette) [12].

La ville d’Owando a été fortement affectés par la faillite, au début des années 90, de la Régie nationale des palmeraies du Congo, qui assurait une certaine prospérité à la région dans les années 70-80 [13].

Le Congo-Brazzaville est actuellement un petit producteur d’huile de palme [14]. Toutefois, à partir de 2006 commencent à se produire des changements significatifs lorsque deux entreprises italiennes et une espagnole se sont engagées dans la culture du palmier à huile, dans le but de fabriquer des agrocarburants [15].

En mars 2007, la société espagnole Aurantia a annoncé son intention d’investir dans des plantations de palmier à huile en République du Congo dans le but de produire du biodiesel. Après une visite avec le président Denis Sassou-Nguesso, le directeur Rafael Naranjo a annoncé que Aurantia allait construire quatre usines d’huile de palme pour le traitement des fruits frais d’une plantation qui couvrirait plusieurs milliers d’hectares. Les études de faisabilité sont déjà en cours, dans le but d’analyser différents sites pour les plantations et les usines, et pour évaluer l’état de l’infrastructure logistique existante dans le pays. La taille réelle de l’investissement n’a pas été divulguée [16].

En mai 2008, la compagnie énergétique italienne Eni a annoncé un investissement de 3 milliards de dollars au Congo en trois projects : des sables bitumineux, de l’huile de palme et une centrale électrique alimentée au gaz [17].

Dans ce contexte, Eni et le gouvernement ont signé un protocole d’accord pour la culture du palmier à huile sur « environ 70 000 hectares inexploités dans la région du Niari au nord-ouest du pays ». Cet investissement va produire « environ 340 000 tonnes par an d’huile de palme brute, assez pour couvrir la demande alimentaire intérieure et produire 250 000 tonnes par an de biodiesel. » L’excédent « sera destiné à la production de biodiesel à l’aide d’une technologie spécifique élaborée par Eni dite Ultra-Bio-Diesel. Après une première phase pilote, la faisabilité de la construction d’une bio-raffinerie au Congo sera envisagée » [18].

Il existe des doutes sur l’emplacement exact de cette immense plantation. Eni a affirmé que la plantation serait localisée « dans la région du Niari dans le nord-ouest », mais le Niari se trouve dans le sud du Congo [19].

Eni souligne que le projet est dirigé par le ministère congolais de l’Agriculture et sera exécuté par un consortium agricole formé par le ministère congolais de l’Agriculture et des organisations / institutions internationales « telles que la FAO, le FIDA, le BAI, la BM, l’UE [20] ». Bien qu’il n’y ait pas de précision sur les organisations internationales qui ont été contactées pour ce projet, nous savons au moins que le FIDA [21] est en train d’encourager la plantation de palmeraies villageoises au Congo, et qu’il a un projet qui : (i) financera la production de plants améliorés de palmier à travers des pépiniéristes ; (ii) identifiera des zones d’installation des palmeraies en donnant la priorités aux zones possédant des vieilles palmeraies ; (iii) organisera la vente des plants de palmier aux bénéficiaires à des prix modérés ; un nombre maximum de palmiers achetés par bénéficiaire ne devrait pas dépasser trente ; une attention particulière sera portée aux femmes et aux jeunes dans le choix des bénéficiaires pour l’installation des palmeraies villageoises ; et, (iv) organisera l’appui technique à l’installation et conduite des plantations ; (v) introduira des prototypes de presses à huile adaptées et en évaluera la rentabilité avant de les diffuser [22].

En juillet 2008, la société italienne d’énergie renouvelable Fri-El Green a signé un projet d’accord à 30 ans avec la République du Congo pour la plantation de 40.000 hectares de palmiers à huile pour produire des biocarburants [23] à Sangha (30.000 ha), Cuvette (5.000 ha) et Cuvette Ouest (5.000 ha en zone surtout de savane) [24].

En vertu de cet accord, la société Fri-El Green (associée à la compagnie allemande d’énergie RWE) aurait le contrôle des entreprises d’Etat Sangha Palm et Régie Nationale des Palmeraies du Congo (RNPC) [25].


[1] Geerling, Chris, N’Sosso, Dominique and Kitemo, Gaston (1991).- Plan d’Aménagement Environnemental. Congolaise de Développement Forestier, Pointe Noire: CDF

[21] Fonds International pour le Développement Agricole

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4 Responses to Congo, R

  1. Pingback: REDD in the Congo – new report from World Rainforest Movement | Climate Connections

  2. Pingback: REDD in the Congo – new report from World Rainforest Movement | Mobilization for Climate Justice

  3. Léa LIU says:

    Tout d’abord, merci pour cet article qui nous offre des données très pratiques sur la palmeraie d’huile au Congo. Cependant, est-ce que c’est possible que vous citez aussi quelques infos sur la situation actuelle au pays, e.g. la coopération du gouvernement congolais avec le consortium CMKC qui a aussi un perceptif assez ambitieux dans ce domaine?
    Merci.

  4. Considerably well executed post…

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