Côte d’Ivoire

Ce qui suit est une brève description du problème du palmier à huile en Côte d’Ivoire. Nous vous invitons à lire le texte et à nous adresser vos commentaires.

Le palmier à huile en Côte d’Ivoire

L’histoire moderne du palmier à huile en Côte d’Ivoire remonte au début de l’indépendance, en 1960, quand le gouvernement décide de lancer un vaste programme de développement de plantations de palmiers à huile sélectionnés. Pour y parvenir, il procède par la création de grands ensembles basés sur trois blocs : un bloc de plantations industrielles, un bloc de plantations villageoises et un bloc industriel capable d’absorber l’ensemble des productions issues des deux précédents. Cette vision stratégique s’est traduite par le lancement de plans palmier dont l’objectif était- et est encore- de faire de la Côte d’Ivoire le plus gros producteur africain d’huile de palme.[1]

Ainsi, le premier plan conduit sous l’autorité de la Satmaci (Société d’assistance technique de modernisation de l’agriculture de Côte d’Ivoire), va permettre de 1961 à 1963, puis sous celle de la Sodepalm (Société pour le développement et l’exploitation de la palme) à partir de 1964, de réaliser à son terme, en 1985, au total 76 500 hectares : 49 000 ha de plantations industrielles et 27 500 ha de plantations villageoises.[2]

Ce premier plan a compté avec l’appui des bailleurs de fonds comme le Fonds européen de développement (Fed) et la Banque mondiale. Ce premier plan a permis d’atteindre une production annuelle de plus de 100 000 tonnes d’huile de palme par an, alors qu’en 1960, le pays ne produisait que 6 600 tonnes d’huile de palme industrielle.[3]

Le véritable bond fut réalisé au cours du deuxième plan palmier ayant couvert la période 1986-1990. Ce second plan a permis de réaliser 58 000 hectares supplémentaires de plantations, dont 13 940 ha au niveau industriel, 41 060 ha de plantations villageoises et 3000 ha de petites et moyennes entreprises agricoles. Ainsi, la superficie occupée par les palmiers à huile a atteint 134 500 ha en 30 ans grâce à ces deux plans susmentionnés. La production nationale d’huile de palme s’est aussi bonifiée pour atteindre 240 000 tonnes au début des années 1990. Mais ce résultat n’est pas du seul fait de la Sodepalm, parce que la filière a connu plusieurs mutations dans sa gestion.[4]

En effet, six ans après la création de la Sodepalm, cette société va se voir remplacer par deux nouvelles structures en 1969, à savoir Palmivoire et Palmindustrie. Mais en application de la loi n° 946-338 du 9 juin 1994, relative à la privatisation des participations et actifs de l’Etat ivoirien dans la filière palmier à huile, Palmindustrie disparaît au profit de nouvelles autres sociétés privées.[5]

En 1997, Palmindustrie a été privatisée et ces principaux actifs ont été vendue à trois grandes entreprises privées :

1) PALMCI, qui a acquis les deux tiers de la capacité de production, y compris neuf usines de transformation et 35.000 hectares de plantations industrielles. PALMCI est actuellement détenu par le groupe français SIFCA avec des groupes de Singapour Wilmar International et Olam International, après UNILEVER leur a vendu ses plantations et actions industrielles en Décembre 2008.[6]

2) SIPEF-CI (Société internationale de plantations et de finance) a acheté deux usines de transformation à Bolo et Soubré, et 12.700 hectares de plantations industrielles. La société est basée en Belgique.[7]

3) PALMAFRIQUE, avec trois usines de transformation et 7500 hectares de plantations. Cette société est détenue par le «Groupe L’Aiglon», holding financier de la puissante famille Kagnassi.[8]

Actuellement, la production nationale d’huile de palme est passée de 323 000 t en 2007 à 430 000 en 2009 et l’objectif est de la doubler d’ici 2018. L’industrie couvre aujourd’hui la totalité de la consommation nationale (250 000 t) et vend les excédents dans la sous-région.[9]

En termes de superficie plantée, les chiffres disponibles diffèrent, mais il semble juste de dire qu’il y a au moins 190 000 hectares plantés entre plantations industrielles et villageoises, desquelles 70% des surfaces sont détenues par les 25 000 planteurs villageois qui produisent 58% de la production nationale et trois sociétés industrielles (PALMCI, PALMAFRIQUE et SIPEFCI) complètent à hauteur de 40% de la production.[10]

Toutefois, ces chiffres sont nettement inférieurs à ceux documentés en 2000, où les plantations industrielles (87 828) et villageoises (140 621) représentaient un total de 228 500 hectares. [11] Tout semble indiquer que les plantations n’ont pas diminué mais au contraire, qu’elles ont continué à augmenter [12] ; il est donc raisonnable de penser qu’aujourd’hui, le chiffre soit proche de 250 000 hectares.

Au sujet de  la superficie occupée par des palmeraies naturelles, il n’a été pas possible de trouver de chiffres, mais ces palmeraies existent certainement, en particulier dans la région montagneuse de Man, qui produit l’huile rouge artisanale, l’huile la plus prisée du pays. [13]

Un sujet intéressant qui a été étudié dans ce pays est celui de l’existence de deux modèles différentes de plantations, avec des logiques différentes : l’industriel et le familial. Cheyns et Rafflegeau (2005) résument la question comme suit : [14]

Le modèle industriel est basé sur la diffusion d’une variété hybride de palmier, l’extraction de l’huile dans des grandes usines de transformation, la création de grandes plantations et la promotion de plantations par des villageois dans leurs propres terres, supervisés par la société elle-même. Le but ultime est d’assurer une rentabilité maximale.

L’autre modèle, le familial, est sensiblement différent : les exploitations familiales qui produisent des fruits de palmier à huile ont presque tous des cultures et activités diversifiées et sont adaptées à la double logique de sécurisation et de stabilisation du revenu, notamment en diversifiant les possibilités de commerce. Les enquêtes en Côte-d’Ivoire ont révélé des systèmes agricoles diversifiés qui comprennent palmier à huile et / ou hévéa, café et cacao, ainsi que des cultures alimentaires, y compris les cultures de rente, le tout sur la même ferme. Les agriculteurs familiaux qui cultivent le palmier à huile ne sont donc (presque) jamais les producteurs d’une culture unique.

Il s’agit donc de deux logiques différentes, l’une est industrielle et internationale et fondé sur la rentabilité et la normalisation, tandis que l’autre est local, orienté vers la sécurité et la conservation du patrimoine, et basée sur la diversification des ressources.

Bien que l’huile de palme soit un élément essentiel dans les pratiques de la cuisine africaine, les consommateurs reconnaissent des différences de qualité entre l’huile rouge artisanale et celle industrielle et, parmi les huiles rouges artisanales, des différences de qualité sont liées au type de fruits utilisés et au procédé artisanal mis en oeuvre. L’huile rouge artisanale prend alors les caractéristiques d’un produit de terroir, avec des qualités liées à l’origine géoculturelle des producteurs. En Côte d’Ivoire, les consommateurs sont soucieux de l’authenticité de l’huile. Cela se traduit par l’origine des fruits, en préférant ceux de « palmiers naturels ou africains » à ceux issus de matériel végétal hybride sélectionné.[15]

L’huile de palme rouge présente aussi l’intérêt de représenter une source d’emploi pour des milliers de femmes en milieu rural, car ce  sont elles qui produisent manuellement l’huile de palme artisanale. [16] La plupart des producteurs vendent une partie de leurs fruits à ces femmes pour la transformation. [17]

Les compagnies d’huile de palme ont rencontré des problèmes avec les populations voisines à leurs plantations à grande échelle.

Dans le cas de SIPEF-CI des ressortissants du village de Lazoa (Soubré) exigent la rétrocession par la Sipef-ci d’une parcelle de 599 ha comprenant 8 blocs attenants au village. Ils revendiquent ce périmètre afin d’assurer leur survie. Et aussi parce qu’ils disent en être les propriétaires. À cause du conflit, il y a eu des « actes de vandalisme allant de la destruction de la récolte dans les plantations à l’abattage de palmiers. » En juillet 2009, « alors que des gendarmes étaient de faction dans cette localité pour sécuriser le périmètre litigieux, une grande partie de la population s’y est déportée avec machettes, couteaux et gourdins. Bilan, un tracteur de la société détruit, les plants de palmiers à huile déracinés et 6 employés blessés. » [18]

Un autre cas est celui de PALM-CI, qui en Février 2008 a commencé à raser le riche réservoir de biodiversité de la Forêt des marais de Tanoé dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, pour un projet de palmier à huile. Écologistes et communautés riveraines ont donné l’alarme et ont manifesté contre ce projet de l’entreprise. Des organisations locales et internationales ont rejoint la résistance [19], mais le conflit  a été gagné principalement par les populations et cadres locaux qui ont forcé la compagnie « à décider de renoncer à ce projet » en avril 2009. [20]  Comme disait Mathieu Yao, un planteur local de palmier à huile: « Notre engagement à faire front contre ce vaste projet l’a été dans notre intérêt personnel. Nous vivons assez bien de la petite agriculture et de la petite pêche et chacun est conscient que leur rendement, chaque année, dépend du maintien de cette forêt. Nous avons donc choisi de faire bloc autour ».[21]


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One Response to Côte d’Ivoire

  1. AKA felicien says:

    Pour les chiffres clés je dirais plutot:
    – 36 500 planteurs villageois de palmier à huile exploitent leurs propres terres au bénéfice de leurs familles et fournissent les 2/3 des régimes transformés, les 30% restant proviennent de plantations industrielles.
    – L’huile de palme fait vivre environ 200 000 familles villageoises en Côte d’Ivoire, donc par extension 2 millions de personnes (si on considère qu’en Afrique un salarié fait vivre 10 personnes) soit 10% de la population ivoirienne.
    – sur les 250 000 ha de plantations, 65% sont des plantations villageoises, 30% industrielles, 5% traditionnelles

    Autre remarque: SIFCA N’EST PAS UN GROUPE FRANÇAIS MAIS IVOIRIEN! Svp modifier car c’est même le plus gros groupe agro-industriel ivoirien voire de l’Afrique de l’Ouest.

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