Cameroun

Ce qui suit est une brève description du problème du palmier à huile en Cameroun. Nous vous invitons à lire le texte et à nous adresser vos commentaires.

L’huile de palme au Cameroun

Au Cameroun, le palmier à huile fait depuis longtemps l’objet d’une exploitation traditionnelle par les populations forestières sous la forme de palmeraies spontanées. Le palmier à huile était utilisé pour l’alimentation (huile de palme, vin et alcool de palme) ainsi que dans la pharmacopée traditionnelle (savons fabriqués à partir d’huile de palme et de palmiste, pommades à base d’huile de palmiste).

Les plantations industrielles ont débuté vers 1907 sous la colonisation allemande, en premier lieu dans la région d’Édéa où se situe la Société des Palmeraies de la Ferme Suisse (SPFS), dont les premières plantations datent de 1910. Comme l’écrit l’historien camerounais F. Etoga Eily (1971) : « Le soutien moral et matériel qu’apportait le gouvernement [au système des plantations] lui donna assez vite une allure officielle et militaire, au point que tout, hommes et choses, était subordonné au développement des grandes plantations. […] un fait apparaissait clair et indiscutable, c’est que les plantations formaient l’ossature de l’économie du Territoire, et l’Administration ne pouvait rien leur refuser ».

Dès 1919, le pays est occupé par les Anglais et les Français. Dans la zone ouest occupée par le Grande-Bretagne, les anciennes plantations allemandes sont vendues aux enchères. Quatre d’entre elles sont reprises en 1929 par le groupe Unilever, qui obtient également une concession de 10 000 ha pour la création de la Pamol Plantations Limited (Pamol) dont le but est la culture du palmier à huile. Les autres plantations allemandes changent plusieurs fois de statut avant d’être regroupées en 1946–1947 au sein de la fameuse Cameroon Development Corporation (CDC), le plus grand complexe agro-industriel du pays et grand producteur d’huile de palme (Konings, 1986).

Dans la partie française, les anciennes plantations allemandes sont rachetées par des sociétés privées. C’est le cas par exemple de la plantation de Dizangué, reprise en 1959 par le groupe Rivaud (Terres Rouges). Cette plantation appartient aujourd’hui la SAFACAM (Société Africaine Forestière et Agricole du Cameroun), une filiale du groupe Bolloré.

Comme au temps de l’occupation allemande, les travailleurs volontaires sont en nombre insuffisant et les Français rétablissent le travail forcé dans les plantations privées. Le syndicalise français G. Donnat écrivait dans les années 1940 que les plantations de la société Terres Rouges « occupaient un très grand territoire entièrement clôturé, avec des gardes armés et même une geôle. Les travailleurs vivaient dans des baraquements ; ils étaient prisonniers et beaucoup d’entre eux ne revoyaient jamais leur village. [Le chef de région] Monsieur Tine nous expliqua comment étaient recrutés ces pauvres bougres. Il recevait un ordre de service du gouvernement le priant de fournir un nombre déterminé de travailleurs. […] Le chef de subdivision […] convoquait un certain nombre de chefs de village et les chargeait de désigner, chacun, un contingent d’hommes valides. Il n’est pas besoin de préciser les critères servant au choix, il suffit de savoir que les chefs pouvaient par préférence choisir n’importe qui. Au jour dit, les malheureux étaient rassemblés. On les reliait les uns aux autres par une corde attachée au cou et encadrée par des miliciens armés, la file lamentable gagnait […] le lieu de leur déportation. Les cris, les pleurs des femmes saluaient leur départ : il y avait si peu de chances de revoir ces hommes au village ! » (Agir Ici & Survie, 2000).

Après l’indépendance

L’une des particularités majeures de la politique économique de l’État camerounais après l’indépendance a été sa promotion des grandes plantations industrielles. En 1960, 70% de la production nationale provenait des palmeraies naturelles, le reste étant assuré par la CDC et la Pamol. Le gouvernement décide donc dès 1963 de développer la culture du palmier à huile et crée la Société Camerounaise de Palmeraie (SOCAPALM). Entre 1971 et 1981, près des deux tiers des fonds publics réservés au développement agricole sont alloués au secteur agro-industriel. En résultat, seulement cinq sociétés exploitent dès les années 1980 le 90% de la production nationale d’huile de palme. Il s’agit de la SOCAPALM, de la SAFACAM, de la SPFS, de la CDC et de la Pamol (Bakoumé et al., 2002).

Étant donné que les plantations requièrent de grandes surfaces, le gouvernement camerounais a toujours dû faire face au problème de trouver de la place. En général – comme pour le cas de la SOCAPALM – ce sont des régions peu peuplées qui ont été sélectionnées dans le but de limiter les expropriations massives qui auraient pu provoquer des soulèvements. Pourtant, même dans les zones peu peuplées, la force a dû et continue d’être employée (Gerber, 2008 ; Tassé & Tankeu, 2008).

L’une des initiatives les plus récentes en faveur des plantations est le Projet palmier à huile 2001 du ministère de l’Agriculture. Considéré comme une « priorité nationale », ce projet a été lancé dans le cadre d’une « politique volontariste de modernisation de l’agriculture ». Il vise notamment à promouvoir un système de sous-traitance favorable aux agro-industries privatisées et censé incarner la « nouvelle ère » de l’expansion du palmier à huile dans le pays. L’objectif est d’accroître la superficie plantée d’au moins 5000 ha par an, de manière à produire 250 000 tonnes d’huile de palme d’ici 2010.

Tableau 1 : surfaces plantées approximatives en 2008 (compilation de données).

Compagnies Surfaces
Agro-industries CDC 16 000 ha
Ferme Suisse 4 000 ha
Pamol 9 000 ha
SAFACAM 4 500 ha
SOCAPALM 28 000 ha
Total : 61 500 ha
Plantations villageoises « supervisées » 15 000 ha
Plantations traditionnelles indépendantes 25 000 ha
Total : 101 500 ha

Ce programme s’inscrit dans la continuité de l’initiative pour les « pays fortement endettés » lancée en 1996 par le G7 et administrée par les institutions financières internationales. La stratégie de développement est fondée sur : (1) le développement du secteur agro-industriel (par la privatisation et la définition de nouveaux rapports contractuels avec les planteurs villageois) ; (2) le développement du secteur villageois (augmentation de la productivité) ; et (3) la formulation d’un meilleur cadre de recherche par le biais de l’IRAD (Institut de recherche agricole pour le développement) et du CIRAD français (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). La CDC planifie actuellement une augmentation massive de sa production d’huile de palme (de plus de 20%) jusqu’en 2012 (OTAL, 2009).

Les plantations villageoises

Au Cameroun, la production d’huile de palme se répartit entre trois secteurs : un secteur agro-industriel, des plantations villageoises au service des agro-industries, et un secteur artisanal traditionnel (Bakoumé et al., 2002).

Les plantations villageoises représentent un phénomène ambigu et complexe sur lequel il vaut la peine de s’arrêter un moment. Elles font à la fois l’objet de fortes revendications de la part des populations rurales qui exigent leur développement et elles impliquent en même temps un engagement contractuel qui profite aux agro-industries et qui lie les paysans à ces dernières. La CDC, la SOCAPALM et la Pamol ont développé ce genre de programmes, censés permettre une « complémentarité » entre les secteurs industriels et villageois.

En théorie, les agro-industries sont chargées de la production du matériel sélectionné et de l’encadrement technique pour accompagner les petits planteurs dans les opérations de choix du terrain, de défrichement, de plantage, d’entretien (produits agrochimiques) ainsi que dans l’exploitation des cultures. En échange, les villageois signent un contrat de sous-traitance qui les lie à l’agro-industrie en question pendant au moins une douzaine d’années et qui les oblige à lui livrer la totalité de leur production. Le prix d’achat du kilo est fixé par l’agro-industrie.

Aujourd’hui, de nombreux paysans perçoivent les plantations villageoises comme un moyen pragmatique de se faire « aider » par les agro-industries pour obtenir un revenu – ce qui est devenu central dans un contexte où il est souvent difficile de payer certains produits (savon, habits, pétrole), l’école pour les enfants, et les soins médicaux. Mais l’entrée massive des paysans dans les systèmes de plantations villageoises n’est pas forcément de très bon augure. On peut en effet voir ces systèmes contractuels comme un moyen bon marché et efficace d’utiliser les populations locales comme main-d’œuvre pour le secteur agro-industriel capitaliste.

De fait, les plantations villageoises sont explicitement reconnues comme une manière de sous-traiter la production. Le sociologue hollandais P. Konings (1986) écrit à propos de la CDC que « le projet [de plantation villageoise] représente une forme de production moins coûteuse que celle qui est en vigueur [dans la plantation industrielle] parce que, d’une part, les producteurs subissent la presque totalité des coûts de production (ils obtiennent les intrants et les services agricoles sous forme d’un prêt qui doit être remboursé avec des intérêts après la récolte), et, d’autre part, l’agro-industrie échappe aux charges découlant d’une prolétarisation complète (paiement des membres de la famille ou des ouvriers occasionnels employés par le planteur, sécurité sociale, logement, etc.). Il s’agit aussi d’un processus de production moins risqué étant donné que les fluctuations des prix sur le marché mondial affectent automatiquement les producteurs, qui subissent aussi les risques de mauvaise récolte ».

Selon la Banque mondiale, les avantages des plantations villageoises sont multiples : elles garantissent des revenus stables au planteur ; elles encouragent la sécurisation foncière ; elles renforcent la monétarisation du milieu rural, générant ainsi le « développement » (Bakoumé et al., 2002). D’autres études, au contraire, arrivent à des conclusions différentes : les plantations villageoises induisent une individualisation du foncier et des responsabilités contractuelles (dettes) qui déstabilisent les institutions lignagères traditionnelles ; elles marginalisent encore davantage les catégories sociales les plus démunies (comme les jeunes et les femmes) ; enfin, elles creusent les inégalités et permettent notamment aux élites de se démarquer encore plus du reste de la communauté (Gerber, 2008).

Les femmes et les grandes plantations

Les femmes représentent une petite minorité de la main-d’œuvre des plantations industrielles. Elles sont confinées à des tâches jugées moins pénibles physiquement, comme le désherbage autour des arbres ou les travaux administratifs. Il n’est pas toujours facile pour les ouvrières de travailler avec une majorité d’hommes à leurs côtés : des cas de harcèlements sexuels et de viols ont été rapportés, notamment commis par des vigiles à Dibombari et à Kienké. La plupart des femmes présentes dans le périmètre des plantations sont les compagnes et épouses des ouvriers, bien que la majorité de ces derniers soit célibataire. Ces femmes se débrouillent tant bien que mal dans le secteur informel. De nombreuses prostituées travaillent également en permanence dans les camps des travailleurs ou s’y rendent les jours de paye.

Certains promoteurs des plantations industrielles ont affirmé que la présence dans les camps des épouses et des enfants des ouvriers est la preuve des bonnes conditions de vie dans la plantation. Ce genre d’assertion est simplement absurde. On assiste au contraire fréquemment à une situation de surpeuplement dans ces camps et les conditions y sont loin d’être enviables, comme nous le verrons ci-dessous pour la SOCAPALM.

Le cas de la SOCAPALM

Au Cameroun, le groupe géant français Bolloré contrôle d’immenses plantations de palmiers à huile, soit directement via la SAFACAM (qui exploite 8400 hectares), soit indirectement via la Socfinal (gérant 31 000 hectares) que Bolloré partage avec la famille belge alliée des Fabri. Bolloré détient près de 40% des parts de Socfinal dont l’une des filiales gère la SOCAPALM. Privatisée en 2000, cette dernière est le premier producteur national d’huile de palme : propriétaire de cinq plantations et de quatre huileries, elle représente 42% du marché d’huile brute et 24% du marché d’oléine (huile raffinée).

La SOCAPALM est source de problèmes sociaux et écologiques importants (Deltombe, 2009). La plantation (à l’époque étatique) a confisqué sans compensation des terres appartenant coutumièrement aux populations locales – bagyeli et bantoues – et son expansion est actuellement en marche, au prix des écosystèmes adjacents dont dépendent ces mêmes populations. Leur mode de vie traditionnel est donc devenu difficile et aucune alternative viable n’est facilitée (Gerber, 2008). La SOCAPALM fait venir ses ouvriers d’autres régions du Cameroun et les loge dans des campements situés dans la plantation. Les conditions de vie et de travail y sont exécrables (Ricq & Gerber, 2010) : baraquements et latrines collectives insalubres, manque d’accès régulier à l’eau et à l’électricité, travaux pour la plupart temporaires et à des salaires extrêmement bas, etc. Des centaines d’ouvriers sous-traités travaillent six jours par semaine et parfois de 6 à 18h, sans couverture sociale et sans protection adéquate, pour environ 1.6 euro par jour – et ce, seulement quand les sous-traitants n’oublient pas de les payer. Face à cela, grèves et protestations se sont multipliées (Pigeaud, 2008). En outre, les produits agrochimiques utilisés dans la monoculture et les rejets de son usine à Kienké polluent massivement les cours d’eau avoisinants.

Un nombre important de vigiles de la SOCAPALM empêche les villageois d’utiliser les ressources de la plantation. Cette situation a débouché en 2003 sur un grave accrochage entre vigiles et villageois (au cours duquel des jambes et des bras ont été tranchés à la machette). En représailles, l’armée, venue épauler les vigiles, a raflé tous les villageois rencontrés et les a maintenus en détention sans jugement pendant deux semaines.

Après la diffusion sur l’antenne de France Inter de deux émissions présentant une perspective critique sur la SOCAPALM, le groupe Bolloré a récemment lancé deux poursuites à l’encontre de Radio France. La première enquête, réalisée par le journaliste B. Collombat (2009), portait sur plusieurs secteurs d’activité du groupe Bolloré au Cameroun. Le volet sur la SOCAPALM n’a pas été jugé diffamatoire par le Tribunal de Grande Instance de Paris. L’autre, une interview accordée par la photographe I. A. Ricq (Manzoni, 2009 ; Ricq, 2009), ne donnera finalement pas lieu à un jugement, le groupe Bolloré ayant retiré sa plainte deux semaines avant la date d’audience prévue. Bolloré a probablement estimé que la victoire était par trop incertaine et qu’il s’exposait ainsi au grave risque que ses agissements au Cameroun soient révélés publiquement.

Il est intéressant de noter que le thème des impacts sociaux et écologiques des plantations industrielles est de plus en plus verrouillé comme le souligne le dernier rapport de Reporters Sans Frontières (RSF, 2010). Par ailleurs, étant donné l’encouragement national et international dont bénéficie l’exploitation du palmier à huile, les monocultures industrielles vont continuer de s’étendre avec comme corollaire l’aggravation des impacts sociaux et écologiques mentionnés. Le marché naissant des agro-carburants pourra en outre représenter un puissant moteur à l’expansion de cette culture. Avec d’autres grands groupes, comme Wilmar ou Unilever, Bolloré mise de plus en plus sur ce soi-disant substitut « vert » au pétrole (Tassé & Tankeu, 2008).

Références

Agir Ici & Survie, 2000. Le silence de la forêt : réseaux, mafias et filière bois au Cameroun. Dossiers Noirs n°14. Paris : L’Harmattan.

Bakoumé, C., C. Jannot, S. Rafflegeau, B. Ndigui & S. Weise, 2002. Revue du secteur rural. Rapport palmier. Yaoundé : IRAD, CIRAD, IITA, FAO.

Collombat, B., 2009. Cameroun, l’empire noir de Vincent Bolloré. France Inter, mars 2009. Voir : http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/interception/index.php?id=77736

Deltombe, T., 2009. Port, rail, plantations: le triste bilan de Bolloré au Cameroun. Le Monde Diplomatique, avril 2009. Voir : http://www.monde-diplomatique.fr/2009/04/DELTOMBE/17037

Etoga Eily, F., 1971. Sur les chemins du développement : essai d’histoire des faits économiques au Cameroun. Yaoundé : CEPMAE.

Gerber, J.-F., 2008. Résistances contre deux géants industriels en forêt tropicale: populations locales versus plantations commerciales d’hévéas et de palmiers à huile dans le Sud-Cameroun. Plantation Series (No. 13). Montevideo: World Rainforest Movement. Voir: http://www.wrm.org.uy/publications/Cameroun_fr.pdf

Konings, P., 1986. L’Etat, l’agro-industrie et la paysannerie au Cameroun. Politique Africaine, 22: 120–137.

Manzoni, R., 2009. Eclectik. France Inter, septembre 2009. Voir : http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/eclectik/index.php?id=83115

OT Africa Line (OTAL), 2009. Cameroon’s CDC plans huge investment in palm, rubber and bananas. Fruits, Nuts and Oil News. Voir : http://www.otal.com/commodities/fruits.htm

Pigeaud, F., 2008. Les Camerounais exploités des palmeraies de Bolloré. Libération, 11 mars 2008. Voir: http://www.liberation.fr/economie/010176109-les-camerounais-exploites-des-palmeraies-de-bollore

Reporters Sans Frontières (RSF), 2010. Déforestation et pollution : des enquêtes à hauts risques. Paris : RSF. Voir : http://fr.rsf.org/IMG/pdf/RSF_Rapport_environnement.pdf

Ricq, I. A. & J.-F. Gerber, 2010. Dix réponses à dix mensonges à propos de la Socapalm. Montevideo: World Rainforest Movement (WRM). Voir: http://www.wrm.org.uy/countries/Cameroon/Dix_reponses.pdf

Ricq, I. A., 2009. Bolloré au Cameroun, un bilan en images. Le Monde Diplomatique, juin 2009. Voir: http://blog.mondediplo.net/2009-06-16-Bollore-au-Cameroun-un-bilan-en-images

Tassé, E. & W.J. Tankeu, 2008. De d’huile de palme pour rouler ou cuisiner? Inter Press Service News Agency. Voir : http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5092

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2 Responses to Cameroun

  1. daniel Essaga says:

    salut a tous
    je viens aupres de tous les grands exploitateurs du palmier a huile que je detient plus de 7km de terrain a exploiter le deux coté de la route a nnanga eboko et je cherche un preneur pour acheter tel 96 56 64 97 tel: 76 26 83 76 soit plus de 800hectares

  2. incroyable article, merci beaucoup.

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