Bénin

Ce qui suit est une brève description du problème du palmier à huile en Bénin. Nous vous invitons à lire le texte et à nous adresser vos commentaires.

Le palmier à huile en Bénin

Le palmier à huile occupait au Bénin une place importante historiquement. Il a fait l’objet d’un développement plus volontariste à partir du règne du roi Ghézo, que l’on situe entre 1818 et 1858. Les pays occidentaux devenaient en effet de plus en plus demandeurs d’huile de palme, principalement pour alimenter leurs savonneries, et les deux principaux royaumes que comprenait le Bénin à l’époque (Abomey et Porto-Novo) développèrent leur offre pour répondre à cette demande.[1]

De véritables palmeraies, volontairement plantées, s’organisèrent. Par la suite, le commerce des produits du palmier a pris un essor considérable durant la seconde moitié du XIXe siècle et a connu un véritable « âge d’or » dans les années 20 à 30. La palmeraie béninoise de l’époque est estimée à 500 000 ha. Les produits de cette palmeraie naturelle était intégralement transformés par des artisanes.[2] (2)

Le premier programme d‘industrialisation est lancé dans les années 1950. L’Etat colonial mise sur des unités industrielles de transformation de grande taille, publiques. Après l’Indépendance (1960), l’Etat béninois installe d’autres unités, de plus forte capacité, et plante environ 30 000 ha de palmiers sélectionnés entre 1960 et 1974.[3]

Mais des difficultés apparaissent rapidement : internes (baisse de la pluviométrie et donc du rendement des palmiers, mauvaise gestion…) et externes (concurrence des pays asiatiques…). Elles réduisent la rentabilité de ces grands complexes, et n’incitent pas l’Etat à poursuivre le développement du secteur industriel. Ces difficultés touchent également les palmeraies naturelles, dont la superficie, qui était estimée à 500 000 ha dans les années 1930, est passée à 300 000 ha à la fin du siècle.[4]

La constitution des blocs de plantation entre 1960 et 1974 avait entraîné l’expropriation de 17 000 paysans. Déclarés membres des coopératives, ils devaient percevoir un loyer annuel en compensation, mais ils l’estiment trop faible, et se plaignent d’incessants retards dans le paiement. La contestation, qui avait débuté dès les premières expropriations, était restée timide durant la période « autoritaire » du régime politique béninois (de 1972 à 1990). Elle a pris de l’importance depuis le retour à la démocratie. En 1993, suite à la destruction par ces anciens propriétaires de 2 000 ha de palmeraies, le gouvernement a décidé de tripler le loyer annuel qu’il leur paye.[5]

La production industrielle représente environ 20 % du secteur, mais la majeure partie est exportée. En l’an 2000, le marché local de l’huile de palme au Bénin est couvert à 83 % par la production de milliers de productrices artisanales (les industries en assurent 7 %; les 10 % restant sont des importations). L’artisanat s’est imposé comme moyen de production prédominant tout au long du siècle. Il a réussi à s’adapter à un contexte en constante évolution, du côté de l’offre (augmentation de la quantité de matière première), comme du côté de la demande (diversification des débouchés).[6]

Jusqu’à aujourd’hui, la production artisanale d’huile de palme est largement assurée par des femmes, individuellement ou éventuellement aidées par une main-d’œuvre familiale. Ces artisanes emploient des techniques entièrement manuelles. Aucun processus de concentration très marqué n’a eu lieu dans le secteur, qui est resté très dispersé au sein de la population.[7]

A partir du début des années 1990, l’Etat béninois et les bailleurs de fonds ont décidé de changer d’approche : la gestion publique de grosses unités de transformation industrielles a montré ses limites. Celles-ci sont privatisées au cours de la décennie 1990, et on appuie l’émergence de petites exploitations privées. Cet appui repose sur la diffusion de plants de palmiers sélectionnés, et sur la conception et la promotion de petit matériel de transformation. Un programme de diffusion de plants de palmiers sélectionnés est mis en place à partir de 1993. Des pépiniéristes privés, agréés et subventionnés par l’Etat, vendent au public à prix contrôlé des plants de palmiers sélectionnés.[8]

Une nouvelle catégorie d’acteurs apparaît dans la filière : les planteurs de palmiers sélectionnés. Ils adoptent une stratégie tout à fait différente des planteurs de palmiers naturels. Ces derniers pratiquent systématiquement cette culture en association avec des cultures vivrières, tandis que les premiers ont tendance à se spécialiser dans le palmier, et deviennent « planteurs » avant d’être « cultivateurs ». Dans le contexte actuel du Sud-Bénin, où l’achat de terres est devenu possible, ils acquièrent des parcelles qu’ils consacrent à cette culture. Ces nouveaux planteurs sont en quasi-totalité des hommes. Les artisanes ne parviennent que très rarement à posséder leur propre palmeraie. Le caractère de culture de rente du palmier, renforcé par un aspect symbolique (« symbole de richesse ») a suscité un mouvement d’accaparement par les hommes.[9]

Les planteurs sont en effet tout à fait conscients des profits que l’on peut faire grâce à la transformation, surtout si l’on a la capacité de stocker. Actuellement, environ un planteur sur deux garde au moins une partie de sa production et embauche des artisanes pour la transformer. Depuis une dizaine d’années, les organismes de développement appuient la diffusion du matériel de transformation (presses et malaxeurs), en insistant sur l’accroissement des performances techniques.[10]

Au bénéfice économique s’en ajoute un autre, social. Le propriétaire d’un atelier équipé bénéficie d’une valorisation sociale que n’a pas le planteur qui embauche des femmes pour transformer sa production. L’investissement des planteurs vers l’aval de la filière va donc probablement s’amplifier.[11]

Or, la transformation de leur production par les planteurs eux-mêmes a une conséquence directe pour les artisanes : les quantités de matière première offertes par ces dernières vont diminuer. Le statut des artisanes leur interdisant bien souvent d’avoir leur propres palmeraies, une partie d’entre elles pourrait se retrouver exclue de la filière. Celle-ci fournissant actuellement une part de leurs revenus à bon nombre de femmes rurales du Sud Bénin, le développement de la mécanisation peut s’avérer problématique. A la différence du secteur industriel qui a ses propres réseaux d’approvisionnement et de commercialisation, les petits ateliers semi-mécanisés se posent en concurrents directs des artisanes.[12]

En conclusion de cette analyse de la situation, le programme actuel de développement de la filière, qui repose sur la diffusion de plants de palmiers sélectionnés et du petit matériel, ne bénéficie qu’à une seule catégorie d’acteurs, qu’il a fait émerger : les « nouveaux » planteurs privés. Ceux-ci vont être en mesure de concurrencer les artisanes à plusieurs niveaux car ils bénéficient d’un accès privilégié à la matière première ; leurs techniques de transformation leur permettent des prix de revient inférieurs ; leurs plus grosses productions permettent des ventes en gros qui attirent les commerçants.[13]

L’évolution prévisible du secteur ne s’annonce donc guère favorable aux artisanes, et des programmes d’appui devraient être envisagés.[14]

Le maintien d’un secteur artisanal de production d’huile de palme, menacé par le développement des ateliers semi-mécanisés, est souhaitable dans le sens où de fortes proportions de femmes rurales tirent une partie de leurs revenus de cette activité. Il est également possible, vu la bonne image dont bénéficie l’huile artisanale auprès des consommateurs (jugée meilleure que celle produite avec des machines par une majorité d’entre eux). Certains consommateurs (36 %) se disent même prêts à payer plus cher pour avoir de l’huile produite artisanalement.[15]

Le bilan pour l’année 2000 de la production béninoise d’huile est le suivant[16] :

– un secteur artisanal qui tire 36 000 t d’huile rouge de l’exploitation de 300 000 ha de palmiers « naturels »

– une production industrielle de 10 000 t environ, grâce à l’exploitation de 20 000 ha de palmeraies détenues par des coopératives

– pour l’année 2000, on peut estimer la production des palmeraies sélectionnées privées à 300 t. Cette production devrait sérieusement augmenter dans les prochaines années ; pour 2005, on peut prévoir une production de 9 600 t d’huile de palme sur 7 500 ha.

On estime que la part de la palmeraie sélectionnée privée dans la production nationale, qui était de 3 % en 1995, est passée à près de 20 % en 2005, égalant ainsi la palmeraie industrielle.

Cette situation pourrait encore changer avec l’éventuelle création de plantations à grande échelle. Selon une étude publiée en 2007, «Les plans pour le développement d’une industrie d’agro-carburants au Bénin ont fort soutien du gouvernement et constituent un élément clé du programme du gouvernement de dynamisation agricole pour le développement économique. »[17]

En ligne avec ces plans, «Divers groupes industriels de la Malaisie et l’Afrique du Sud sont déjà arrivés au Bénin pour évaluer les possibilités de production des biocarburants. » Ils ont proposé la conversion de 300 000-400 000 hectares dans les zones humides du sud (à Ouémé, Plateau, Atlantique, Mono, Couffo et Zou) pour des plantations de palmier à huile.[18]

Comme l’indique l’étude citée “Il y a déjà un certain nombre de monocultures de palmier à huile dans le Sud du Bénin» qui doit «servir d’avertissement contre les évolutions futures, en raison des complications et des difficultés rencontrées par les communautés qui tentent de vendre leurs produits du palmier.”[19]


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